La ville est contenue dans les signes
A la manière d’une caméra de surveillance qui aurait choisi avec la plus grande minutie la physionomie de ses plans, le photographe enregistre les plus infimes mouvements et nous les donne à voir sous la forme d’une méditation poétique. Le plan fixe installe le regard dans un cadre immobile. Le temps s’est évanoui, tout comme les visages. L’expérimentation peut commencer…
L’humanité fragile
L’humanité a disparu de ces personnages pixellisés. Le procédé amène une distanciation radicale entre le spectateur et les personnages. Elle permet au photographe de concentrer l’attention du spectateur sur le mouvement, sur la position des corps. Elle engendre parfois un sentiment de malaise diffus devant une forme humaine à laquelle l’on ne plus s’identifier. Le corps devient machine, mouvement mécanique et répétitif, il obéit à une cérémonie sans transcendance. Le sujet peut même en devenir comique : capturé par une destinée prévisible et répétitive, nous le regardons rejoindre son point de chute, (comme la phalène attirée par la lumière).
« Flatter l’idée d’un système symbolique inouï, entièrement dépris du nôtre » Roland Barthes
Les machines, au contraire, semblent habiter la photographie avec une adéquation supérieure. Avec grâce. Les rues, les parkings ou les aéroports représentent des balais où les codes et les signes se multiplient et finissent par se répondre dans une harmonie que la présence humaine ne vient plus troubler. L’homme a disparu des ces lieux qui ont pris la liberté de s’en émanciper. Le photographe y pénètre par effraction pour dérober la poésie de la ville et restituer toute l’étrangeté de sa langue silencieuse.